L'imam Ashafa en Suisse : "l'interdiction des minarets est un signe de peur"

L'imam nigérian Muhammad Ashafa, qui dans son pays, dirige un centre de médiation interreligieuse avec le pasteur chrétien James Wuye, a déclaré lors de la rencontre le 28 janvier dernier que l'acceptation de l'interdiction des minarets en Suisse était le signe d'une peur de l'étranger.

L'imam Muhammad Ashafa à la Maison des religions à BerneL'imam Muhammad Ashafa à la Maison des religions à Berne

La peur de l'étranger est avant tout une peur de la perte de notre propre identité, a souligné Ashafa devant une soixantaine de personnes réunies à la Maison des religions à Berne, pour cette soirée organisée conjointement par les responsables du lieu et Caux-Initiatives et Changement. Selon lui, cette peur ne peut être surmontée que par une discussion sérieuse entre nous-même et les personnes étrangères. Ceux qui ont une identité personnelle forte n'ont rien à craindre des autres. La crainte de l'étranger n'est pas un problème en Suisse seulement, mais partout dans le monde. Par la mondialisation, l’inconnu s'est rapproché et la peur qu'on a de lui est devenue plus réelle.

L’imam a ajouté que lorsqu’il a appris les résultats de cette votation il en a été choqué: "La Suisse est un modèle. Elle a trouvé comment faire vivre paisiblement ensemble diverses minorités. Elle doit s'efforcer de rester fidèle à ce modèle."

L'Imam Ashafa et le pasteur Wuye se sont violemment combattus en tant que meneurs de milices rivales dans les années 90. Puis, à la suite d’un long processus, ils se sont réconciliés et aujourd'hui ils dirigent ensemble le  Centre de médiation interreligieuse à Kaduna, dans le nord du Nigéria. Cette institution offre ses services dans toute la région et elle est sollicitée même au-delà, dans des pays comme le Kenya, le Soudan et l'Irak. Récemment, ses deux leaders ont reçu le Prix pour la prévention de conflit de la Fondation Jacques Chirac à Paris pour les actions qu'ils ont entreprises. Leur histoire récente a fait l'objet d'un film documentaire, L'Imam et le Pasteur, qui a aussi été primé.

"A plus forte raison maintenant!"

Lors du débat qui a suivit, la présidente de l'association de la Maison des religions, Gerda Hauck, s'est montrée confiante: "Je suis convaincue que l'égalité des droits pour les musulmans en Suisse n'est qu'une question de temps." L'interdiction des minarets amène en fin de compte aussi un vent favorable à toutes ces organisations qui s'engagent depuis longtemps pour plus de dialogue et de compréhension. Nina Frei, de l'association WissensWert Religionen [Connaissances Valeurs Religions] est intervenue dans la même veine: "Après la votation je me suis dit: Maintenant c'est le bon moment ! C'est à plus forte raison maintenant qu'il faut nous engager pour faire naître un dialogue et pour chasser les peurs."

Le rédacteur du journal bernois "Der Bund", Markus Dütschler, a objecté en rappelant que pour cette votation – comme l'institut d'analyse VOX l'a montré – l'enjeu n'était pas en premier lieu les musulmans de Suisse, mais que ce vote était d'avantage tourné contre une revendication de pouvoir de l'Islam. Il a rajouté que les musulmans devraient se poser la question du pourquoi de cette attitude et de qu'est-ce qui a mal fonctionné dans ce cas.

Dans le public, un musulman a répondu en accord avec cette affirmation: "Nous, musulmans n’en n’avons pas fait assez. Nous devons apprendre à sentir le climat au sein de la population pour mieux y réagir. Nous devons faire quelque chose afin d'être reconnu comme minorité."

 

Liens: